DE L’EAU

De l’eau, de l’eau, de l’eau et… encore de l’eau.
Ma peinture ce n’est que des résidus colorés.
Le tableau est une grande flaque d’eau et ma contemplation suit son écoulement puis son évaporation.

C’est le récipient qui donne la forme, les accidents du terrain qui retiennent  l’eau ou la laissent partir - le sol de mon atelier n’est pas plat.

C’est une peinture de ce qui reste quand l’eau s’en va.

Regarder sans regarder, peindre sans peindre, toucher sans toucher…

L’acte de peindre ne s’accomplit pas avec un pinceau ou une brosse mais c’est l’eau qui se déverse dans la toile, d’un geste souvent incontrôlé, inattendu et silencieux.

Je passe devant mes peintures posées au sol, plusieurs fois, sans presque les voir comme dans un demi-sommeil, je passe et soudain une couleur m’habite et je perçois la toile autrement, mais toujours sans trop m’attarder, je passe, puis … je prends un bol, ou un seau, je le remplis d’eau, et la couleur se mélange à l'eau et sans le penser… l’eau se déverse sur la toile et prend sa forme… souvent elle prend son temps, le temps de son évaporation. Et là, je reste à contempler le mouvement de l’eau, les chemins qu’elle empreinte dans la toile, la rencontre des couleurs. C’est ça que j’aime : avec l’eau, je ne sais jamais à l’avance quelle est l’image qui va me saisir, et je prends conscience de l’impermanence et du mouvement.

L’évaporation totale est un arrêt dans le temps. Trace, signe, témoignage…de l’eau qui coule, de l’eau qui s’en va.

Cette exposition est un hommage à cet espace vide que j’ai transformé et qui est devenu ma maison pendant ces trois dernières années. Où sont nées mes peintures et ma fille Noam, en octobre dernier.