Évelyn de Smedt

Hishiryo, la conscience de l'éveil est le fruit de l'expérience du Bouddha Shakyamuni sous l'arbre de la Bodhi. S'éveiller à la conscience cosmique, la sagesse, la concentration du Bouddha, le samadhi, le satori. C'est le retour à la nature originelle du corps et de l'esprit, le nirvana vivant. Littéralement, nirvana, en sanskrit, veut dire arrêt cessation. Il n'y a pas de vent pour attiser la braise. Dans le nirvana, il y a une dimension de paix, de repos, de sérénité, de tranquillité parfaite lorsque l'homme a cessé la course folle de ses désirs, de son ego qui fait que la plupart des gens sont toujours en train de courir, penser, errer à la recherche de quelque chose. Arrêter le mouvement de notre corps et de notre esprit, stopper le processus de fuite en avant ou en arrière, ce processus qui fait que l'on se retrouve à l'heure de sa mort en ayant gâché sa vie dans l'illusion de la vivre.
Dans un sutra, le nirvana, le Bouddha l'appelle l'Absolu et dit: « Qu'est-ce que l'Absolu? L'Absolu, c'est l'extinction des désirs, des passions, de la haine, l'extinction des illusions. » Les illusions étant des maladies, si on les enlève, on retrouve la vraie santé. L'état d'éveil est la véritable santé de l'homme. Dans ce sutra, le Bouddha décrit l'homme du nirvana comme un être ouvert, délivré vivant. Et il dit: « Lorsqu'il éprouve une sensation plaisante, ou déplaisante, il sait que cela est impermanent et il ne s'y attache pas, il n'éprouve rien avec passion et quelle que puisse être la sensation, il l'éprouve sans y être attaché car il sait que ses sensations s'apaiseront avec la dissolution de son corps comme S'éteint la flamme d'une lampe lorsque l'huile et la mèche viennent à manquer. »
Maître Dogen écrit: « Il y a éveil lorsque nous cessons de nous porter vers les phénomènes avec notre conscience personnelle mais lorsque ce sont plutôt toutes les existences qui nous répondent en sympathie mutuelle. C'est ainsi que S'éveiller à la conscience cosmique signifie devenir le miroir dans lequel le cosmos entier peut se réfléchir comme le diamant qui absorbe et réfléchit toutes les couleurs bien qu'il soit incolore. »
Maître Deshimaru dit: « C'est ainsi que l'on devient un vrai moine, une vraie nonne, sans moule, sans couleur, sans rien qui permette de le saisir, comme les nuages dans le ciel, poussés par le vent, sans fixation, sans attachement, sans stagnation. »
S éveiller à la conscience cosmique, c'est savoir jouer sur les vagues de la vie avec un juste équilibre: 'ni devancer la vague, ni se laisser emporter par elle.
C'est comme la posture de zazen: sans crispation, sans mollesse. Tout réside dans le juste milieu, Dogen l'appelle: yu gé zanmai. Yu gé: s'amuser, jouer, se réjouir. Zanmai: samadhi, nirvana vivant. Jouer dans le samadhi.
Sensei ajoute: « Zazen est le plus grand de tous les jeux. Seuls ceux qui le réalisent continuent à pratiquer. »
Le zen est sans odeur. Ne lui donnez pas d'odeur. Il est sans couleur. Ne lui
donnez pas de couleur.
C'est une musique sans son qui se joue sur une flûte sans trou. Il n'a pas de forme, ne lui donnez pas de forme. Son goût, son odeur, sa couleur ont la beauté de la fleur qui éclôt naturellement sous le soleil du printemps. Sa musique se répand dans tout l'univers et pénètre même l'oreille d'un sourd. Sa forme inclut tout le cosmos et sa sagesse brille à l'infini.