Katia Robel

Le cinquième patriarche, Daiman Kônin, venait d’Obai, au centre de la Chine de l’Est. Il n’avait pas de père. Il s’éveilla alors qu’il était enfant. Puis les années passèrent et il fut connu comme celui qui pratique en plantant des pins dans le mont Seizan.
Il vieillit ainsi. Le quatrième patriarche passa par là et lui dit : « J’aimerais vous transmettre le Dharma mais vous êtes déjà trop âgé. Si vous revenez dans ce monde je vous attendrai. » Daiman Kônin acquiesça. En fin de compte, il fut conçu à nouveau dans le sein d’une jeune femme qui abandonna le bébé au bord de la rivière. Un être céleste le protégea sept ans durant. Rien de fâcheux ne lui advint.
A l’âge de sept ans à Obai, dans la même province, il rencontre le quatrième patriarche Dai Dôshin. Le patriarche vit que cet enfant avait un crâne spécial. Il n’était pas un garçon ordinaire.
Il lui demanda : « Quel est ton nom ?
– J’ai un nom de famille mais ce n’est pas un nom ordinaire.
– Quel nom est-ce donc ?
– C’est la nature de bouddha. »
Il y a là un jeu de mots entre nom de famille et nature de bouddha, avec le kanji sei.
« Vous êtes sans avoir la nature de bouddha, dit Dôshin.
– Comme la nature de bouddha est ku, répondit Kônin, elle est sans qu’on l’ait», ou bien : on est sans l’avoir, elle est simplement là mais on ne la possède pas.
On est donc sans l’avoir, mais elle est, elle a l’existence.
Ces mots du quatrième patriarche : « Vous êtes sans avoir la nature de bouddha » signifient : « Vous n’êtes pas n’importe qui. Je vous laisse libre du choix de votre nom. Puisque vous n’en avez pas, vous êtes la nature de bouddha. »
La nature de bouddha, c’est ku, la vacuité. Même si on ne peut la posséder, la saisir, se l’attribuer, elle existe en chacun de nous. Ku, la vacuité, ce n’est pas la non-existence, rien, le néant, comme le croient beaucoup de gens. Ce n’est pas du nihilisme, pas une négation de l’existence. Maître Deshimaru avait cette formule géniale : « Ku est existence sans noumène, sans substance. » Il est complètement en accord avec Maître Dogen.
Dogen dit qu’on n’a pas la nature de bouddha mais qu’on est nature de bouddha, chacun de nous.
Nagarjuna, patriarche indien, dit : « Si vous voulez réaliser la nature de bouddha, vous devez vous débarrasser de votre arrogance. »
Ça ne signifie pas qu’il n’y ait pas de réalisation, pas de nature de bouddha. La réalisation, c’est se défaire de sa fierté, de son égocentrisme, de son arrogance, alors la nature de bouddha peut advenir, exister, se réaliser. La place lui en est donnée. Ce n’est pas un objet d’obtention, de possession. C’est se défaire, se débarrasser de ce qui obstrue sa réalisation.