Luc Boussard
Uji
 
La réputation de Dogen est désormais établie en Occident: c'est le plus grand "penseur" qu'ait produit le Japon ; et son œuvre exerce une fascination suffisante pour susciter une abondance de traductions vers les langues européennes. Uji notamment, qui passe pour le chapitre le plus "philosophique" de cet exposé magistral de la pensée zen qu'est le Shobogenzo, a donné lieu à de nombreuses traductions tant en français qu'en anglais. Pourquoi, dans ces conditions, en proposer une nouvelle ?
Eh bien tout d'abord parce que la densité prodigieuse de l'écriture de Dogen fait de son discours une véritable polyphonie dont aucune lecture ne peut épuiser les résonances. Chaque traducteur, selon l'inclination qui est la sienne, retient plus particulièrement tel ou tel accent - philosophique, littéraire, spéculatif, métaphysique, virtuose, religieux... Qu'il entend ou croit entendre.
Ed. Deux versants.
La profusion des traductions n'est donc que le reflet de la richesse et de la subtilité de l'œuvre. Et tant qu'aucune ne se sera imposée comme définitive, il est bon que le lecteur ait accès à tout l'éventail des interprétations, dont la prolifération même constitue un prolongement de l'aventure intellectuelle de Dogen